Darkness

A Miami, au jour le jour, souvent la nuit, à l'arraché sur un coin de table ou en bord de route.

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Au(x) demeurant(s)Au(x) Demeurant(s) ne s'abritent pas dans les archipels mentaux des illusions. Ils gravitent, ils facilitent, ils dérangent à mesure de leur errance, le seul résultat ne compte pas, ils lient, ils relient, détiennent les cordes, déplacent ou nouent les attaches, à la découverte des souffles libres.

in Au(x) Demeurant(s) - 2011 - thebookedition

ApartéDevenir

L'arc-boutant de la lumière rehausse le ciel jusau'à son faîte bleu. Bleu permanent.
Il se détache, réminiscent. Il résiste dans le feu noir. Devenir récalcitrant, départagé. Le monde se scinde en deux, de toutes les façons.
Ré-apparaître. Ré-fléchir
Se dé-partager. Il y a des interrogations sans solution. S'astreindre à accepter, prendre un détour, des détours, d'autres voies, des voies qui ne soient pas moyennes. Le sentiment de la vie est récalcitrant, dématérialisé. Marcher droit devant dans les détours, être un écart en soi, accepter ce pas de côté, sauter le pas. La pensée progresse dans des soubresauts, d'un pas à l'autre, dans le saut elle donne ce qu'elle a, comme un élancement.

ApartéLa nuit qui donne les rêves

Ce soir, il n'y a pas de différence entre la mer et le ciel. Tons gris blancs, gris perle, gris cendré, seule la mer a des bordures noires tout le long de la baie. Et il y a la lune. Elle passe à travers les nuages, elle passe derrière les nuages. Elle hésite à revenir. Sur la mer, encore quelques bateaux, comme égarés. Les nuages, sombres à la base, de bas en haut deviennent plus clairs, plus transparents. Un coin de lune sert de néon, blanc crème voilé sur le gris du ciel, un gris légèrement rose qui passe au bleu, un ton plus sombre, plus dense. Le ciel n'a pas de solution à sa pesanteur, il est sa pesanteur, la mer le répercute, le fait osciller, lui donne des tremblements. Ou alors c'est la mer qui tremble seule, oscillante elle-même sur ses reflets noirs et le ciel qui tente de la répercuter. Ils ne font qu'un progressivement puisque la lumière s'amenuise et la lune prend plus de clarté, plus d'assurance sur le fond bleu-gris sombre du ciel, mais elle n'a pas encore de reflet sur l'eau. Ce reflet va venir en douceur, au fur et à mesure que la nuit s'installe. La nuit se libère du jour. La lune est maintenant parfaitement ronde, luninescente, installée à demeure et un long reflet courant et fragile nait et traverse la baie de part en part. Les rêves viennent lentement comme la nuit, les rêves passent du jour à l'ombre comme le ciel, de la lumière au noir comme la mer. La mer devient plus sombre, plus lente, le ciel remonte plus transparent mais une transparence qui va du sombre au clair, un clair bleu argent, puis bleu sombre, puis bleu-noir. Il n'y aura bientôt plus de différence entre la bas et le haut du ciel et la mer le rejoindra dans l'ombre qu'ils retiennent en eux. La nuit sera libre d'aller. Libre d'aller autour de la lune qui la rend plus dense et irisée jusque dans ses profondeurs les plus lointaines. La nuit qui donne les rêves.

Au(x) demeurant(s)-webAu(x) Demeurant(s)
Vient de paraitre sur TheBookEdition

Extrait :

J'appelle Au(x) Demeurant(s) les riverains du ciel en partance, du ciel à grand fracas, du ciel subitement dévoilé qui déplie ses horizons, des bleus du matin au bleu de la nuit noire, les riverains des irrévérences soudaines et des allégeances enfantines, un ciel dans les yeux.

J'appelle Au(x) Demeurant(s) les côtoyeurs du démiurge qui tremblent les ponts élancés de nos désirs jusqu'à trembler eux-mêmes de pied en cap du monde, qui ne nous donnent pas à choisir mais qui écartent les buissons et les ronces, défont les frontières pour que nous passions librement, plus libres que le démon qu'ils nous opposent.

Keywest Chut ! Ecoute ! Entends-tu ? Ecoute, écoute encore ! En haut du pont, avant d'y arriver, le ciel est une margelle, la lumière un pan entier du monde et plus on s'approche, plus le silence se foisse dans les cordes des réverbérations, plus le silence devient léger, ahurissant, il n'est qu'une lumière sans horizon, un plain-ciel effervescent. Ecoute ! Nous y arrivons !

Aparté Les prophéties comme les coincidences se construisent à reculons.

Couv-products-65226 Suites à Miami

Vient de paraître sur TheBookEdition.com

Keywest J'appelle Au(x) Demeurant(s) les instants en soi qui se rejoignent et ne font qu'un, la porte laissée ouverte, un souffle d'air qui louvoie, cette lumière d'un fond de cour répercutée de mur en mur qui dessine en jaune et or sur les feuillages noirs du soir, un vrai retour, les trois marches gravies, la pluie soudain qui lave tout ; Au(x) Demeurant(s) ces instants rassemblés à la pointe sèche rehaussés d'ocre et de fusain, cette demi-lune accoudée au débarcadère de nos sentiments où la nuit se lève, la grande respiration du ciel reçue en plein visage, la respiration étoilée d'un silence qui nous prolonge, ces yeux gris-verts, cette voie lactée ; Au(x) Demeurant(s) les incidences d'une vie sur l'autre qui s'accordent sans se défaire, où le ciel et la nuit ne sont qu'une rive à portée de main, tracée, touchée, réverbérée jusqu'au fond de soi.

A vrai dire

Keywest Au(x) Demeurant(s) ont des incertitudes mais du bonheur, au jour J, à l'instant. Ces traits que la nuit n'efface pas. A vrai dire, l'épellation ne se résume pas au regard, ni au geste, ni au rire. Il y a tout le ciel au-dessus dans un grand vide, une reconnaissance, un feu ouvert qui plonge en soi.

A vrai dire, Au(x) Demeurant(s) sont attentifs aux silences qui sont la mesure des écarts en eux, que le désir a placé sur le chemin.

Miami Le ciel est à portée de main, cassé sur l'horizon blanc, un instant privé de ses couleurs, retourné, pris dans la ligne indicible de sa révulsion, ciel touché du bout du ciel, en instance.

Le ciel est à bout portant, soufflé, qui hésite, qui recule au-delà de la limite qu'il dessine avec la terre, à l'unisson des étraves qui le traversent, lignes, faîtes, lumières en quinconce, barrières et frontières, jusqu'au tréfonds de son tremblement.

Car il tremble, de bas en haut. A l'ouvrage dans ses réminiscences où les épaves bleutées des nuages ne lui laissent aucun repos, argenté jaunissant de son élévation, ce ciel est en aparté de lui-même.

Voilà il plie ! Voilà il tombe ! Arc-bouté au sommet des lignes de fuite qui le rejettent, envahi d'éclaboussures et de vide, où la lumière se réfléchit sans cesse, il plie, il tombe sans mesure, au bout du silence qui monte en lui.

Le ciel est dans l'entre-deux de nos rêves, une place vacante en nous où il prend place, sa place.

Keywest Notre vie ne s'ordonne pas aux maisons que nous traversons, ni aux histoires qui les habitent. Nous sommes à l'oeuvre dans le regard revenu des sentiments. Au(x) Demeurant(s) sont les routes riveraines de nos voyages.

Aparté Notice
A Papillon, être à tu et à toi ; à Biscuit être de vous à moi ; laisser une heure entre les deux.

Au(x) Demeurant(s)

Keywest J'appelle Au(x) Demeurant(s) les deux mains qui tiennent mon visage ; Au(x) Demeurant(s) les fuites en avant du temps, le chant bleu d'un coeur à prendre, les notes d'un piano à Mizner Court ; Au(x) Demeurant(s) les plaines vides devant soi qu'une route égrène jusqu'au fond du jour, un aveu soudain de sa faiblesse, un coeur gros des histoires perdues et retrouvées ; Au(x) Demeurant(s) un point du ciel en soi qui s'ébruite, le ciel au point du jour qui s'efface, le ciel entier en soi qui renaît et respire, la courbe creuse d'une hanche sous la main à Sunset Avenue, aiguisante et lumineuse ; Au(x) Demeurant(s) endormis dans le silence entre eux.

Au(x) Demeurant(s)

Keywest Les gestes sont venus qui se suffisent du silence. Il n'y a plus de lieu où habiter, ni terre, ni ville, ni maison. Et le soleil défait les preuves, les restes du renoncement, les restes noirs de l'horizon vide dans les montées éreintées du ciel. Justement, le silence suffit à nos gestes.

 

Au(x) Demeurant(s)

Keywest Il y a des visages blessés qui remontent à la surface - en zigzag - des visages d'après l'horizon, légèrement effacés, résurgents. Nous les nommons sans mal, nous acquiesçons, nous dérivons avec eux dans ce qui reste du ciel autour d'eux, ce qui reste de la lumière qui les traverse. Voilà Les Demeurants.

Aparté Hors de soi-même, sur le fil, au dehors, à contre-vent d'une brusque rafale, au seuil d'un ajournement qui débuterait la disparition, qui signifierait l'effacement, le long de ce fil invisible qui plonge en soi, en écoutant ce qui chante dans le vent, ce qui pourrait être une voix plus aiguë, martelée à la pointe sèche, jusqu'à ce hors de soi qui n'est même pas un prolongement ni une vision ouverte mais un retrait, un effondrement, une raison de fermer les yeux, d'arrêter le regard, d'obstruer, hors de soi-même en suivant le fil. Puis respirer.

Aparté A Cassis, sur les routes crépusculaires de Dali ou dans les alcoves d'une véranda ouverte sur la lumière, la main tenue ne désarme pas, ouverte sur les linéaments de son désir, virevoltée infiniment (Juin 2011, St Petersburg, Floride).

Aparté Nous sommes des rêves argumentés, au début de ce qui serait une vie tout au long du silence qui passe en nous. A demeure des sentiments qui respirent et se soulèvent, encore pleins d'arguments.

Keywest A Key West, la nuit s'installe en aparté dans les arrières cours et sur les terrasses. Elle ne se mélange pas, ne se partage pas, ne donne pas à choisir. Il faut la prendre comme elle vient, irrésistible, ouverte sur un souffle de mer qui rabat la chaleur à terre. Et se partager en elle, et s'évader en elle.

Aparté La vie est en embuscade sur le bord du ciel, dans les contre-feux des illusions qui fusent sur le fond noir des rêves. Et cette déchirure ouverte dans nos corps embarrassés qui laisse passer la vie ! Laisse tomber !

Miami81 La face cachée des sentiments n'est jamais accessible à quiconque. La face visible est un liseré, une feinte éclairante du dedans. Ne jetez pas les feintes qui jouent la lumière. Revenez pas petits bouts, réparez, engrangez les retours. Ce qui est humain en nous, cet attachement aux traces, mérite d'être épargné. Rien à jeter en somme.

Miami103 Elle plie sur son ventre blond, au bord d'un rêve qui rompt en elle, à mesure des ombres qui remontent, à mesure des instants qui la ramènent à ses instincts, déterminée à recevoir, décidée à donner, au même mouvement de cette élévation qui la pousse à se  plier encore, à se ramasser infiniment.

Miami81 Nous serons délivrés et libres de nos sentiments quand nous saurons jouer avec eux, à coeur demeurant.

Aparté Nous trouvons par devers nous ce qui nous projettent hors de nous. C'est tomber presque que de subvertir l'ordre des sentiments, de l'anodin au plus inquiétant, c'est tomber à la renverse de soi. Nous sommes des apartés maugréeurs, pris à rebours de nos histoires singulières et notre sincérité nous fait trébucher. Nous sommes des Demeurants en instance de divorce. Et à portée de main de nos évasions.

Aparté (Dans l'atelier)

Décision, cette nuit, d'arrêter la lumière, de la planter là, dans le cœur, d'en souffrir et d'en rire ; décision, cette nuit, d'élever la nuit dans l'ombre de La Pitié, d'interdire la passion, se réveiller ; décision, cette nuit, d'offrir le premier spectacle de la création, sans tabou, sans outrage, révulser le ciel ; décision, cette nuit, d'interjeter pour les avocats récalcitrants, ceux qui tentent l'esprit, ceux qui le dévoilent en l'outrageant ; décision, cette nuit, d'être la nuit ; décision, cette nuit, d'organiser le monde, à la main du magicien d'Oz, l'enlever, le séquestrer une fois pour toutes ; décision, cette nuit, de donner une leçon à Brecht, le frapper d'espoir ;  décision, cette nuit, d'aimer enfin Mozart, d'arrêter les horloges blanches des silences qui se succèdent ; décision, cette nuit, d'écourter la saison des pluies et d'inventer d'autres jardins pour l'Alhambra, décision, décision...
Décision, cette nuit, de respirer encore, d'aimer toujours, décision de franchir le Rubicon, d'effacer la ligne verte, de subvertir Maginot et tous les murs souterrains et aériens ; décision, cette nuit, de  s'enfermer seul avec la pointe de l'aube, la caresser dans l'ivresse, la posséder parce qu'elle le demande, lui donner le reste de ma vie ; décision, cette nuit, d'inventer le jour et la fin du jour ; décision, cette nuit, de prendre la première décision que l'Histoire retiendra : aller, aller d'un bon pas, large comme le ciel ; décision, cette nuit, de boire le vin aux racines des étoiles, décider d'en dresser la table où je serai au milieu d'elles, parce qu'elles le voulaient, parce que je l'ai voulu.

Aparté Le noir manque à la nuit, elle délibère à perte de temps, qui vitupère insatisfaite, ne connait que des esquisses d'ombre, ne donne que des soubresauts d'ombre. Elle tremble d'ombres à la pointe-sèche, à peine relevées, à peine assombries et préoccupées. Elle craint et tressaille agitée de scintillements du fond de la ville. Elle n'est pas noire, ni silencieuse, ni repue. Elle se délite au bout de ses spasmes. Il lui faudrait un désert blanc et chaud pour s'abattre d'un coup et dégorger les rêves qui la tiennent encore debout, à contre-temps d'elle-même. Une vraie nuit en somme.

Page38bis (Frontières)

Pour contrecarrer les augures, défaire les pronostics, déranger les syllabes des devins et des prophètes, parce que le soleil n'est jamais aussi neuf que dans un matin calme ; pour dévoiler les abandons et briser les fausses promesses - ce ciel qui n'en sera jamais un - et fermer cette échancrure sur le vide au moment de la mort - après rien - ; pour bannir la renonciation, la compassion et le délaissement, où le désert glisse sur lui-même et se sépare en deux pour accueillir les tribus rivales ; pour en finir avec les certitudes nées des frontières et des limites - franchir enfin les traverses, les ponts, se jeter et jaillir dans l'orage - ; pour révéler ce qui en soi résiste aux démarcations de toutes sortes - cette confiance en soi pour avancer, cette franchise envers soi pour avancer - ; pour pénétrer plus loin dans l'inébranlable foi en soi parce qu'il reste à conquérir ce qui nous fait terrestre, fragile, humain et tutélaire ; pour grandir en soi - grandir enfin et passer la frontière.

Page100 Revenir dans l'atelier du peintre, déambuler maintenant dans les coursives subtiles et le long des promenoirs mentaux de sa création, s'aventurer jusqu'à s'approprier les petits gestes qui époussettent la toile et rendent transparentes les lignes de fuite du regard, les yeux dans les yeux pourtant.

Interroger cette faveur qui nous délivre de la lassitude ou du renoncement. En coin du monde, il y a les chiens-assis du ciel par lesquels nous devinons que la vie n'est pas ordinaire dans ces élancements de l'oeil et de la main, de tout le corps qui balance en déséquilibre pour dénouer ce qui n'était pas visible.

La main est claire qui sait voir.

Aparté La grande porte est ouverte (in Les royaumes à demi)

La grande porte est ouverte. En perspective, une allée droite cassée par l’ombre des arbres, de grands arbres mauves et bleus, irrésistiblement élevés vers le ciel et, au pied de l’ombre, les traces plus sombres, comme soulignées, des bords du chemin, lignes tirées de chaque côté de cette fuite en avant, mais arrêtée, immobile et intacte. Au fond, un petit bout de terre, à peine distinct du ciel, du reste du ciel caché par la masse éblouie des feuillages.

La grande porte est ouverte, c’est-à-dire qu’elle donne le cadre de cette vision majestueuse d’aplats bouleversés élancés - ordonnés - vers un vide blanc, qui surgit d’un autre vide, appuyé sur lui-même, débouchant sur d’autres visions à pic, pures, délivrées des obstacles du sol, éclairées par la seule lumière des bords du ciel.

La grande porte est ouverte, c’est-à-dire qu’elle ordonne un monde qui s’enflamme et qui brûle, subtil, où l’ombre retenue se disperse de feuille en feuille – ne se détache pas – et revient, désamarrée un instant des branches qui la font naître, berceau fragile de cette clarté qui vient, réverbérée jusqu’au point où elle danse et, se mêlant à elle, éclate encore pour tomber et s’élever encore.

La grande porte est ouverte, c'est à dire qu'elle fonde, dans sa profondeur faite de nitescences bleues et de lumière née de l'ombre, cette révélation fragile qui effleure les yeux - des yeux qui, parce qu'ils se ferment, innervent soudainement les traces qu'il gardent en eux - et donne toute sa place au ciel ici-bas, dans un mouvement précis de l'avant vers l'arrière, au travers des rêves qu'il fait naître.

La grande porte est ouverte, c’est-à-dire qu’elle édifie le ciel jusque dans les soupirs et les silences qui se dissipent en lui, jusque dans les plus petits obstacles – les scrupules, les étoiles, d’autres mondes – sur lesquels il devient impalpable, immatérielle main tendue, garde-fou de toute l’architecture fluide qui nidifie à son sommet. La grande porte est ouverte et l’horizon, même entr’aperçu, planté droit, en face, est le vertige franc d’un ciel où il fait bon aller.

Aparté (Dans l'atelier)

Je descendrai les marches du ciel vers la terre, de la terre vers le centre de la terre, j'irai en enfer, où il n'est pas possible de croire, je profiterai du dernier plaisir, m'étendre, comprendre que je pèse sur ma chair et mes os, basculer, m'effondrer, m'enflammer, je descendrai dans un labyrinthe d'ombres, marche après marche, jusqu'à l'ombre pure,
je descendrai droit vers l'enfer où la passion se calme, où, dans le silence, je pourrai m'allonger et regarder au-dessus de moi l'enchevêtrement des voûtes et des poutres traversées d'escaliers noirs, au-dessus de moi, comme un mur tendu,
je marcherai comme marche un homme libre, entre les entrelacs de pierre, les pierres élevées sur la terre et, dans l'entre-deux des arches sombres, je descendrai encore, attentif, je descendrai parce que c'est nécessaire, je deviendrai arpenteur des rochers et des ressacs d'ombre de l'enfer,
je bousculerai les étoiles, c'est le seul chemin possible et je m'allongerai les yeux ouverts, tout au bout de ces dédales noirs, comme autant d'artifices de ma vie, au bout de ma vie, en enfer sous un ciel étourdi.

Page68 La lumière, les yeux fermés, lumière bleue lentement estompée, premier artifice qui s'élève, tombe, recommence ; le jour a fui, léger, avec lui le renoncement, jusqu'à l'horizon grandi sur l'ombre qui le prend, le couche sur lui-même, l'oublie. Les yeux fermés, encore, à demi, à l'à-pic d'une nuit qui vient, au surplomb d'un ciel noir, quand la danse décervelée des étoiles se fige brusquement, une à une tombée dans les mains, parce que l'imminence du silence le veut. Au droit-fil de cette explosion noire, le corps morcelé se referme sur ses plis, rétracte ses blessures, déplie son crépuscule ; il finit incandescent ; il finit où la mort le soulèvera, dans cette invention de la chute et du glissement parce qu'il y a des voyages sans transport quand une main se referme sur l'autre.

  Page59 Page71 Sur Requiem

 

Des époques différentes affleurent dans Requiem. Je tiens le fil de ma détermination à retrouver les instants ressentis de mes détours et de mes disparitions. Fuite ou éloignement ? Je sais comment s’écrivent les textes. J’en connais les ramifications, l’origine, la fin, les alentours. De Uzès à Albuquerque, dans Winwood la nuit, il y a des leurres magnifiques, mais une vérité toujours bonne à écrire, sur le fil en trompe-l’œil de la vie. Je suis un différent où chaque miroir me renvoie - en sépia ou en noir et blanc - les instants agacés, mais réels, des ombres qui furtivent encore en moi.

 

Des époques mais aussi des lieux devenus la résultante des passages qui ramènent aux mots et aux textes, à ces suites incessantes qui enchevêtrent des voyages et des destinations, des frontières approchées, des détours et des fuites, qui donnent à réécrire par-dessus ce qui a été écrit dans un amoncellement de traces déjouées, qu’il fallait relever pour en comprendre les raisons et admettre que d’une ville à l’autre, d’une frontière à l’autre, les textes sont toujours des prétextes à retrouver les enchantements qu’elles ont fait naître mêlés à la peur de les perdre.

Des époques et des lieux qui n’ont de cesse de se rejoindre, de se jointoyer et d’asseoir de nouvelles visions, une fois achevé le long travail de ramifications qui, parce qu’elles sont justes tenues, donnent encore à reprendre les voyages et à réécrire ce qui semblait acquis. Et les traversées sont instables, les pontons fragiles et les terrasses en déséquilibre à l’à-pic des vides qui viennent en soi quand les sentiments éreintés d’avoir rompu avec les destinations cassent et dispersent le désir - ou la joie - qu’on en espérait.

Aparté "Ecrire ne rompt pas le silence, mais le voeu de silence. Qui écrit n'ouvre pas la bouche, reste muet, et pourtant toute la langue lui est présente, plus encore peut-être que dans le fait de parler. Comme le silence, plus lourd, plus pesant, que dans les silences approximatifs du jour. Situation paradoxale de la langue, et du silence, chez qui se mêle d'écrire". (Pascal Quignard, Le voeu de silence, Fata Morgana)

Requiem Vient de paraitre : REQUIEM chez TheBookEdition.com

Alors la décision est prise d’écrire Requiem, d’y ajouter les collages incestueux des entrelacs de corps et de mots, de fouiller à son comble les apparitions du démiurge, d’insurger les sentiments défaits, de réverbérer l’urgence à décider de la suite, d’y revenir à chaque fois et, le souffle coupé, être pointe à terre dans tous les commencements du désir qui vient. Ecrire est à ce prix de se défaire de soi.

Aparté J'écris à bras levés dans l'ombre des ponts submergés de lumière, j'entre décidé dans le labyrinthe froid des colonnes soulevées de part en part du grand soleil qui vient de surgir. J'écris à bras levés au début du monde.

Fgallery2-1a J'écris Requiem
Requiem est la délivrance des sentiments anciens. Quand la nuit basculée ouvre ses portes sur le feu errant.

Qualités discrètes Vient de paraitre : Les qualités discrètes sur thebookedition.com

Les qualités discrètes sont les qualités distantes installées à rebours des instants heureux même si les traces qu’elles laissent - dans nos désirs comme dans nos oublis - surélèvent les ombres qu’elles deviendront à la mesure du refuge que nous cherchons toujours.

Miami99 Tout est signe, mettre le masque, retirer le masque, revenir au premier visage, se refaire une virginitié, s'arc'bouter sur un secret, changer le masque du monde et les intentions restent discrètes quand au fond de soi il n'y a que le silence, mais un silence partagé d'un bout à l'autre du rève qui n'en finit pas d'être martelé. Puis escamoté.

Miami99 Au milieu de la nuit, le coeur cède. Il ne faut pas lui en vouloir, il était destiné à rompre ses attaches, dans un éclat blanc de feu d'une fête attendue. Attendue. Et le matin venu sera ce qu'il en reste.

Aparté Les incommensurables

Pascal Quignard a écrit (Les ombres errantes) : "Il faut rester auprès de la source jaillissante. [...] Sans solitude, sans épreuve du temps, sans passion du silence, sans excitation et rétention de tout le corps, sans titubation dans la peur, sans errance dans quelque chose d'ombreux et d'invisible, sans mémoire de l'animalité, sans mélancolie, sans esseulement dans la mélancolie, il n'y pas pas de joie."

Aparté Les qualités discrètes (5)

I - Martel en tête revient à chaque fois que le cœur tressaute sur lui-même et cette petite boule de feu mourant qui l’encombre, à contre-temps, finira-t-elle par céder, imploser ? Se réduire ? S’écouler comme file un résidu trop lavé ?


II - Martel en tête jusqu’à en perdre le sens et les visions prochaines. Désarme-toi ! Sors de ta peau ! Celle que tu as élevée pour ton bonheur, pensais-tu. Donne ta révérence et arrête de penser I miss you.


III - Martel en tête a toutes les raisons de se rompre au bastingage des prochains détours, à la rencontre du ciel et de la terre, du feu vivant de nouvelles rives. Martel en tête sait le futur qu’il se donne. Voilà, le feu mourant n’y peut rien et meurt.

Aparté Ne soyons pas avares de nos sentiments, ils sont rares, ils n'en restent pas beaucoup. Ne mettons pas dans la balance, ne pesons pas le pour et l'avec; le contre et le pourtant. Quand on peut regarder avec clarté, quand on peut dire sans aparté, dans l'arrière-pensée du désir... du désir, oui ! Mais qui pourrait nous croire, nous qui sommes astreints à défaire et à défaire, à perdre au bout du compte, à taire à bout de sentiment.

Aparté Les qualités discrètes (4)

Me revient ces à-côtés distendus d’une pensée qui se perd, perd son rythme, ses traces, ses repères ; me revient une flopée de sentiments à contre-temps, éloignés et pourtant en pointe d’angoisse fichée dans l’esprit ou le cœur, c’est le cœur qui plie dans la crainte de perdre, l’esprit suit à contre-cœur, c’est le cœur qui se foudroie lui-même dans un artifice trop fort contre l’esprit qui n’en peut plus ; me revient la désertion, le désamour ; me revient le mot en trop ou le sourire en trop, la même chose finalement, cette façon de prendre congé très en avance de ce qui va arriver, très au devant de ce qui se détruit ; me revient le silence bien sûr, le silence accumulé du ressentiment ; me revient les petits accidents de la vie, les impondérables, le rêve de fond en comble qui ne tient plus dans la vision qu’on en avait ; me revient mais me revient le grand silence en soi qui n’est même pas un silence mais une raison supplémentaire de céder ; me revient les étoiles et le chemins, le vent frais et les talus sombres, la queue d’un orage, un soleil en entre-deux ; me revient mais me revient cette plongée à contre-temps dans le cœur, finement décervelé où chaque interruption de la douleur est une page blanche mais qui reste vide du reste à venir ; me revient les traversées souterraines dans la nuit noire des feuillages entrelacés, le haut le cœur d’un sentiment qui meurt, tous les sentiments meurent ;  me revient mais me revient l’attente et la perversion de l’attente quand s’effacent les traces aimées, l’horizon à nos pieds et cette attente qui devient le trou noir de nos rêves ; me revient ces longues journées vides à tourner dans le vide, le néant empoché à vil prix, le néant en marche au devant de soi, l’effondrement brutal du sol devant soi ou du ciel ou de la pensée, ce resserrement froid du sentiment autour de ce qu’il prétend être - un sentiment libérateur - mais qui casse et dévaste jusque dans cette pointe d’espoir qui ne résiste pas, me revient que les yeux fermés ne protègent pas du froid, me revient que les yeux ouverts sont le froid même, me revient mais me revient que des cinq sens, celui-là ne guérit pas une pensée à la dérive, qu’il y faut d’autres raisons, d’autres saisons ou d’autres repères pour se guérir ; me revient qu’aimer se dégorge par petits bouts chaque fois que l’histoire se défait et échappe à sa raison d’être ; me revient que les qualités discrètes sont les qualités distantes, imperceptiblement différentes mais qui relèvent du même mot à mot, de l’énonciation douloureuse et inexorable de ce qui vient à fleur de mémoire pour un bonheur fugace, irrémédiablement renversé, révulsé, expurgé du bonheur même de l’entrevoir ou de le comprendre, ces qualités de l’effroi et de l’enchantement mêlés ; me revient qu’il faut payer au prix fort - c’est-à-dire sans retour - la rupture des sentiments et le silence revenu ; me revient mais me revient qu’écrire n’est jamais à portée de main et que les nuits blanches qui se succèdent apportent, l’une après l’autre, et édifient dans leur suite incessante la prison inexpugnable où nous entrons une fois régurgé tout l’amour accumulé ; me revient avoir écrit "Au bout des sentiments, il n’y a pas de visage familier" et d’ajouter "mais seulement les ombres projetées de notre peur", cette peur de perdre ce qui était notre raison d’être, ce qui était en nous, ce qui était nous et nous projetait en avant dans le silence indéfiniment recommencé des sentiments.

Aparté Le grand silence bleu des rêves. La place infragmentée du silence. Notre coeur a toujours besoin de linéaments discrêts, glaçants, crépusculaires. Les jours sont comptés, indénombrables et seulement une seule nuit, noire, au bout du compte. Où tombe la lumière quand la nuit vient ?

Keywest  Une île

Où il est question d'une île, entre deux temps, entre-deux à la crête du silence, au quatorzième étage du monde. Une île qui serait le point focal des raisons d'accoster, qui donnerait à survenir, une île qui ne serait jamais l'à-côté mais le milieu de tous les horizons. Seuls les naufragés, sur leur chemin brisé, abordent les îles ; seuls les naufragés échouent dans le plaisir de retrouver pied ; seuls les naufrages font naître les îles. Où il est question d'un île au faîte de l'entre-temps qui serait là à bon escient.

Où que l'on tourne, la rive est claire, inachevée vers l'océan, en avant du désir, en éclaireur, de bout en bout des rêves qui finissent, du ciel respirant au ciel noir autour de la Grande Ourse, du ciel jaillissant au ciel blanc des grands matins, où que l'on tourne il faut espérer d'une île qui ne serait d'aucune carte mais qui serait à sa place, une île à l'accostage, une île de cap à terre.

[...] Une île / Et qu'il nous reste à bâtir / Mais qui donc pourrait retenir / Les rêves que l'on rêve à deux / Une île / Voici qu'une île est en partance / Et qui sommeillait en nos yeux / Depuis les portes de l'enfance / Oh, viens / Viens mon amour / Car c'est là-bas que tout commence / Je crois à la dernière chance / Et tu es celle que je veux [...]. Jacques Brel

Une île

A la pointe d'Uzès (Extraits)

  1. Elle a pris position. Au sommet, debout, plantée droite, irrésistible, parsemée de tremblements bleus, irrégulière, plus droite encore quand le tréfonds monte, remonte, bouscule son déhanchement. Elle n’aspire plus à la paix.
  2. Elle n’a pas renoncé à se démembrer. Elle prend son parti, se laisse faire, laisse faire. Elle sait où elle tombe, le souhaite même mais sans précipitation. Elle ne connaît pas l’outrance.
  3. Elle se penche, regarde son sexe, cette main qui entre en elle, la soulève à peine mais la force, désire cette chair en elle, s’ouvre au clair.
  4. Elle sait devenir feu ou gel ou irréelle, incandescente, ouverte, tenue au dessus des étoiles, étoile elle-même dans ce ventre tendu d’orages jusqu’au blasphème. La main qui la tient ne feint pas son plaisir. Elle est son plaisir.
  5. Ce qui est trop réel ne l’intéresse pas.
  6. Elle se penche sur un corps imprenable autrement que par extase.
  7. Elle cherche une bouche, elle se pince les lèvres. L'or ruisselle dans ses yeux. Une fois rousse, une fois blonde, elle est interchangeable. Elle s'épanouit  à genoux dans le ciel.
  8. Elle ne gagne pas sa vie, elle la dévore. Elle descend en enfer. Reviendra-t-elle ? Elle sait qu’elle reviendra. Donnera-t-elle ? Elle sait qu’elle donnera. Elle a l’ambition vivaldienne, tourner dans la foudre, s’apaiser dans un souffle, hausser la voix, descendre, descendre encore, se retrouver cul par-dessus tête, jouir en aparté, se mouvoir entièrement dans cette main qui lui donne forme, vie et sens. Implacablement, jouir encore.
  9. Elle tremble d’une pièce, toute arpentée d’étincelles indicibles qui plantent dans sa chair des irisations bleues et opalines.
  10. Elle demeure réceptacle et grandit sous le choc. Blanche d’Aragon, indienne et argentine et femme, flamme andalouse, toute de couleur, toute argentée du Pays Massaï et des rives de Jaffa, lumineuse, elle demeure aveu de la plus offrande, permission du renoncement de soi, feu du sommet, elle grandit sous le choc.
  11. Quand la foudre clame le ciel, Elle n’a plus peur. Elle plie sur son amour, autour de son ventre taché, elle exulte de toute sa hauteur, à fleur de peau et les odeurs qui l’enivrent (de soufre et d’ambroisie) la repoussent contre ce qu’elle tente de quitter, ce bord d’horizon abrupt mais blond et chaud qui était un abri. L’éclair installe un tressaillement éphémère qui la ramène à la vie. La foudre revient.
  12. Elle a le plaisir éruptif, se retranche, revient, ardente dans la bataille qui la submerge, blessée parfois mais ne renonce pas, jette toutes ses mains au devant d’elle pour repousser les bouts d’angoisse d’un plaisir qui fuit, fuira tragiquement.
  13. Elle dort au pied des clochers bleus dans les nuits claires de ses fuites, trop claires, trop de fuites.
  14. Elle est en cessation de plaisir. Elle a enlevé sa robe, défait sa chemise, son ventre ne marche plus à la malice. Elle n'a plus de milieu, égarée sur un seuil qu'elle ne connaissait pas.
  15. Dans sa peau, il faudrait être deux, assembler ce qui, en elle, dérive et revient, réunir ce qui, autour d’elle, lui ressemble et la dérange, organiser ce qui, malgré elle, la retient ou la pousse, lui rendre en somme son double négatif.
  16. Je tiens, dit-elle, mon plaisir d’une ardente ferveur à disparaître sous sa main, d’être la paume de cette main qui efface mes formes ou ordonne mes plis et laisse un vide dans lequel je m’emplis.
  17. Je sais, dit-elle, la différence entre plaisir et jouissance. C’est une question d’ouverture, d’aval et d’amont, de bas et haut, une perception nuancée des degrés de la douleur qui viendra, selon le cas.
  18. Tu es, dit-elle, ma décision, mon argument, mon entre-deux et mon vol. Tu es, dit-elle, mon bien vivant.
  19. Il faut lui reconnaître cette satisfaction à détruire, cette persévérance à renaître, cette ambition de tous les instants à aiguiser l’instant qui vient, cette joie qu’elle met à se soumettre et démettre et quand elle se dresse pour s’égarer dans toute sa jouissance c’est toujours la première fois. Il faut lui reconnaître ce soin particulier à parfaire tous ses apprentissages et ce don de les oublier pour s'y appliquer encore.
  20. Presque rien ne sera comme avant : tout revient transformé et, travestie de sa joie, elle traverse les feux et les cieux à grandes enjambées d'amours à venir.
  21. Demain je vais mourir encore une fois, pense-t-elle, intensément, jalousement ; me reviendra mon instinct d’animal sauvage : franchir à bras rompus tous ces corps qui m’ont quittée, me défaire, me délier, m’étirer enfin libre.
  22. Elle reprend sa course dans la rue vide, Elle reprend son souffle à bout de course, Elle reprend ses esprits dans cette marche comptée, reprend sa parole et ses droits, ses cadeaux, ses armes, retient ses larmes, reprend le dessus, gagne en couleur et en voix, Elle reprend l’avantage au détour de ce qu’elle abandonne, en parfaite maîtresse de ses errances, cette vie en plus où elle reprend sentiment. Elle reprend haleine jusqu’à la prochaine fois.
A la pointe d'Uzès chez TheBookEdition.com

Aparté Les qualités discrètes (3)

I - Nous sommes à portée de main… dans l’urgence d’un désir qui s’estompe, inexorablement, comme une lassitude ancienne qui renaît. Un désir qui fait défaut, une lassitude qui nous emportera. A portée de main d’un vide en nous que le ciel ne comblera pas, que, décidément, nous approchons à grandes enjambées, incapables de nous arrêter.

II - Nous sommes à la dérive d’une main qui tente de nous retenir, mais tomber reste la plus sûre issue, tomber de ciel en ciel jusqu’au dernier, le plus transparent, où sa réverbération dans laquelle nous serons absorbés est sa matière même. Alors la main qui nous tenait effacera d’un trait les derniers plis visibles.

III - Nous sommes la main qui ouvre le passage, la grande main bleue qui caresse notre visage et à l’approche du vide qui s’ouvre à nos flancs, elle tient, légère, le fil qu’elle lâchera d’un coup franc et sûr. Nous serons alors virevoltés dans le ciel étoilé et nous disparaîtrons enfin libres dans notre rêve.

Aparté Ce corps qu'il faudrait rompre, délier en toute hâte, jusqu'au ressentiment ; ce corps qui ne serait qu'une partie de l'obstacle, un rictus du cœur, bientôt une ombre mais sans légèreté, arrimée au tréfonds de soi ; ce corps devenu miettes, ce corps s'effrite et meurt d'un coup dans un grand saut de feuilles dispersées. Où est la réponse ? Où est le feu revenu ? Ce corps qui se sépare de sa pensée est au bout de lui-même, en fragmentation.

Aparté Dans le matin calme de ma mort, le ciel sera le pan entier, indétaché, de mes résolutions à devenir.

Miami81 La vision d'un silence déchiré. La vision éructée d'un sentiment qu'il faudra faire mourir, la vision même qui se défait et entame ce qu'elle imaginait au-delà d'elle-même. S'y reprendre à deux fois pour respirer, basculer dans l'entre-temps où se succèdent disparition, effacement, résolution du renoncement, dans l'entre-deux des craintes de perdre et du désir - enfin - de fermer les yeux. A côté, de côté, sur les bas-côtés de nous mêmes, juste au bord de l'effondrement. Mais rien ne sera ainsi.

Mais rien ne sera ainsi. Tout débutera.

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