- TRIO INSTRUMENTAL
L'instrument est de première importance, choisi, puis les couleurs, des visions de couleur, une foule de pressentiments indistincts, des aplats bleus, noirs, des traînées blanches, traces de corps en mouvement, l'intuition de leur naissance matérielle, des yeux en simulacre, une perspective de dégradés hallucinés, des éruptions d'or et d'écarlate, des couleurs en silhouettes démembrées jetées par éclats qui les dispersent selon des trajectoires irrépressibles et un seul instrument pour les décrire et les agencer. Il s'agit de combler les nus et les vides.
Nous ferons quelques pas au déambulatoire de nos silences dans la nuit sous un ciel étoilé. Cette marche le long des abysses est essentielle, elle nous préserve de tomber. Nous grandirons et les moments perdus de nos adolescences surgiront opportunément pour nous faire oublier que le temps qui reste est compté. Puis quelques pas encore, de côté, en décalé, un piano nous accompagne, répété, redistribuant les sentiments selon des prosodies magiques, reproduites sur elles-mêmes, longues, parsemées d'étreintes et de délaissement, ourlées de nos attentes ou bien des peurs de les perdre.
Retour à l'instrument, retour aux couleurs. Voici le mouvement prolongé des couleurs et de leur réverbération. Voici les reflets répercutés sur les pans noirs de la terre. Voici le corps à corps du relief et des nuances. Voici la course du bas vers le haut des teintes utérines du monde. Voici l'effervescence du bleu sur le bleu. Voici l'insurrection des ocres sur un ciel transparent. Voici le feu montant. Nos yeux sont éreintés, pleins de cette exubérance qui trouvera sa place, finalement. Et l'instrument est le même qui soulève et qui plie, qui détoure et qui emplit, qui voit et dit. Qui trouvera sa place !